« Les trésors de la terre » à la Galerie de Minéralogie et de Géologie, exposition.

Au départ, les minéraux ne m’évoquaient pas grand-chose de plus que certains bibelots sans âge sur le buffet, qu’on ne voit plus à force de passer devant. Puis j’ai assisté à une séance du séminaire PatriNat, pour « patrimonialisation du savoir naturaliste », sur l’héritage royal dans les collections de minéralogie du Muséum national d’histoire naturelle. François Farges, du Muséum, et Stéphane Castelluccio, historien de l’art au CNRS, proposaient une approche captivante. Minéraux et pierres précieuses me dévoilaient alors tout leur intérêt esthétique, scientifique et bien sûr historique. La Galerie de Minéralogie et de Géologie du Muséum dispose d’une collection passionnante, à la croisée des savoirs, et l’exposition en cours, « Les trésors de la Terre », la met magnifiquement en valeur. Petit compte rendu de ma visite.

Avant de commencer votre lecture, je vous incite simplement à ouvrir les photographies,  en cliquant dessus, afin de les voir dans une bien meilleure résolution que celle affichée directement sur le blog.

L’exposition se veut pédagogique, grâce à de nombreux textes courts, faciles à aborder et à retenir, pour peu que l’on se concentre. Saviez-vous par exemple qu’une dizaine de minéraux seulement existaient à la formation du système solaire et qu’aujourd’hui la Terre en compte plus de 5000 ? J’ignorais aussi qu’une roche se définit comme un ensemble de minéraux, de fragments d’autres roches et de débris comme les fossiles.

Animation vidéo présente dans l'exposition. Explication de la formation d'un minéral.
Animation vidéo présente dans l’exposition. Explication de la formation d’un minéral.

Des petites vidéos joliment dessinées complètent les explications. D’autres textes présentent davantage de détails scientifiques, l’exposition étant destinée à différents publics.

Grande nef de la Galerie de Minéralogie et de Géologie. Photographie personnelle.
Grande nef de la Galerie de Minéralogie et de Géologie. Photographie personnelle.

Le bâtiment abritant la minéralogie et la géologie a longtemps été fermé pour travaux. Lorsqu’on entre, à la gauche du guichet se déploie la grande nef qui renferme une partie des collections. À droite se trouve la salle des cristaux géants, la première à rouvrir au public, dans laquelle se tient actuellement l’exposition « Trésors de la Terre ». C’est donc bien naturellement qu’on débute sur toute une série de minéraux à la taille exceptionnelle. Réunis dans les années 1960-1970 par le négociant Ilia Deleff, ils constituent la plus grande collection muséale de cristaux géants, rares et généralement détruits par l’industrie.

Cristaux géants. Le plus gros quartz au fond pèse 1700 kg, Minas Gerais, Brésil. Photographie personnelle.
Cristaux géants. Le plus gros quartz au fond pèse 1700 kg, Minas Gerais, Brésil. Photographie personnelle.

Puis commence le tour d’une immense variété de minéraux, sélectionnés parmi les plus beaux et les plus intéressants d’un point de vue scientifique et historique. La première partie de l’exposition montre cette diversité.

On voit que tous les aspects sont imaginables et l’on apprend que chaque minéral peut prendre une forme différente, en fonction des conditions dans lesquelles a lieu sa croissance. Les minéralogistes désignent ces formes sous le terme d’« habitus », comme pour ce mésolite à habitus fibro-radié.

Mésolite sur stilbite. Habitus fibro-radié. Poona, Inde. Photographie personnelle.
Mésolite sur stilbite. Habitus fibro-radié. Poona, Inde. Photographie personnelle.

Les couleurs tout autant que les formes sont multiples et c’est ce qui rend l’exposition si ravissante. Rose, bleu, vert, orange… la couleur du minéral est généralement due à un des éléments chimiques qui entre dans sa composition ou à un phénomène chimique entre les éléments qui le composent. Mais pour la fluorite, par exemple, c’est différent. Incolore par nature, elle prend différentes teintes en fonction de son environnement. C’est ainsi que l’on obtient cette rare fluorite rouge-orangé ou cette belle bleue.

La question des minéraux à l’origine de pigments, utilisés notamment en peinture, m’a particulièrement intéressée. Pour le vert, la malachite. Pour le bleu, pourquoi pas l’azurite, mais ce minéral se dégrade naturellement en malachite ce qui fait que le pigment devient verdâtre. Pas idéal. Le mieux pour le bleu, c’est le lapis-lazuli qui est fabriqué à partir de lazurite. Il donne un bleu profond de grande qualité. Attention aux arnaqueurs qui vendaient parfois la lazulite, présentée plus haut, en la faisant passer pour de la lazurite. En apparence bleue, sa poudre est en réalité blanche. Cela commence à faire beaucoup de « laz-», j’espère ne pas vous avoir perdus !

À cette première approche scientifique et esthétique, répond la suite de la présentation qui s’attache à l’histoire de la collection. Comme toutes les histoires de formation de collections et de musées, celle-ci m’a passionnée. D’abord, la Galerie de Minéralogie et de Géologie a fait date dans l’histoire des musées français, puisqu’il s’agit du premier bâtiment construit spécifiquement pour être un musée. C’était entre 1833 et 1839. Mais l’histoire de la collection est plus ancienne.

À l’origine, il y eut la collection du Droguier du roi, fondé par Louis XIII en 1626, à côté du Jardin du roi, pour réunir plantes médicinales et minéraux auxquels on prête des vertus thérapeutiques.

Substances de l'ancienne collection du droguier du Roi. À gauche, un pot de
Substances de l’ancienne collection du Droguier du Roi. À gauche, un pot de « sang-dragon », une substance résineuse utilisée comme antidiarrhéique et coagulant. Photographie personnelle.

Scientifiques et médecins du roi s’y réunissent. Peu à peu le droguier se transforme en véritable cabinet de curiosités et c’est ainsi que l’intendant Buffon, après l’avoir agrandi, l’ouvre au public en 1745. La Révolution le lie définitivement au Jardin du roi en les réunissant sous le nom de Muséum d’histoire naturelle. La chaire de minéralogie est également créée.

La période révolutionnaire voit aussi la mise sous scellés du mobilier royal et des biens des émigrés. L’administration répartit ensuite les lots. Le Louvre étant prioritaire pour les objets présentant un intérêt artistique, nombre d’entre eux, qui disposaient aussi d’un intérêt scientifique, n’ont pas été considérés comme tels et ont échappé à la Galerie de Minéralogie. C’est tout de même à cette époque que le Grand saphir de Louis XIV arrive à la Galerie. Entré en 1669 dans les collections royales, il bénéficiait alors du rang de troisième joyau de la couronne. Les études scientifiques, qui continuent sur ces collections, ont aujourd’hui pu déterminer sa provenance, le Sri Lanka.

Corindon saphir de Louis XIV, dit Grand saphir. Photographie personnelle.
Corindon saphir de Louis XIV, dit Grand saphir. Photographie personnelle.

Au cours de son histoire, la collection s’est enrichie par divers moyens : expéditions naturalistes, dons, mécénat. L’exposition présente les grands noms, scientifiques et collectionneurs, qui ont fait la richesse de la Galerie de Minéralogie et de Géologie. Louis Vésignié notamment, a légué au Muséum 5000 minéraux en 1954.

Or natif et quartz, dit le Buisson d'or. Mine Eagle's Nest, Californie, États-Unis. Mécénat du Groupe Total.
Or natif et quartz, dit le « Buisson d’or ». Mine Eagle’s Nest, Californie, États-Unis. Mécénat du Groupe Total.

Je m’arrête ici pour vous laisser le soin d’aller découvrir par vous-même ces trésors et leur histoire. Plus de 600 minéraux et objets y sont plongés dans une ambiance sombre, faisant ressortir au mieux leur éclat et leurs couleurs. « Les trésors de la Terre » vaut le détour. D’autres anecdotes intrigantes vous attendent, comme l’histoire du diamant bleu de Louis XIV, volé en 1792, et retrouvé un peu par hasard par François Farges à… Washington !

L’exposition se situe dans le bâtiment qui est juste après la Grande Galerie de l’Évolution, quand on entre par le 36 rue Geoffroy Saint-Hilaire. Vous ne vous étonnerez pas de voir inscrit, sous le fronton du bâtiment, « Minéralogie – Bibliothèque », la salle de l’exposition, salle des cristaux géants, abritait effectivement autrefois la bibliothèque.

Pour votre visite :

Galerie de minéralogie – Exposition « Les trésors de la Terre », jusqu’au 31 décembre 2018.

Horaires : 10h-17h, et 10h-18h du 1er avril au 30 septembre les samedis, dimanches et jours fériés.

Plein tarif : 6 euros.

Pour plus d’information, visitez le site de la Galerie de Minéralogie et de Géologie et celui de l’exposition « Les trésors de la Terre ».

Publicités

3 réflexions sur “« Les trésors de la terre » à la Galerie de Minéralogie et de Géologie, exposition.

  1. Je vais aller voir cette exposition avec grand intérêt ! Merci de la signaler !

    J’étais justement dimanche dernier au museum de Toulouse, où j’ai trouvé très intéressant le parcours permanent, et notamment la partie sur les minéraux. Mais j’étais assez perplexe devant une scénographie qui les présentait plus sous l’angle esthétique que scientifique (même si les explications données étaient intéressantes et bien écrite). Cette exposition au Museum de Paris alimentera ma réflexion

    Aimé par 1 personne

  2. La Galerie de minéralogie à Paris a fait, il me semble, un bel effort de pédagogie qui vaut le détour. En effet je ne sais pas ce qu’il en est pour le muséum de Toulouse mais la très belle scénographie, que j’ai pu apercevoir sur vos photos, me donne bien envie d’aller y faire un tour également !

    J'aime

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s