Jean-Jacques Rousseau à Ermenonville

Non loin de Senlis et de Chantilly, au cœur du parc naturel régional de l’Oise, le petit bourg d’Ermenonville abrite un trésor de verdure et d’histoire, le Parc Jean-Jacques Rousseau. Il a été nommé ainsi en hommage au philosophe qui vécut au village les six dernières semaines de son existence. Rousseau fut inhumé au sein même de ce parc, où il demeura pendant seize années jusqu’à son transfert au Panthéon. Les jardins d’Ermenonville, créés par le marquis de Girardin autour de son château, constituèrent pour le philosophe le lieu de ses ultimes promenades. Après sa mort, ils devinrent l’objet d’un véritable pèlerinage qui se prolongea jusqu’au 19e siècle. Mais en vérité Jean-Jacques Rousseau est à Ermenonville bien avant de s’y installer : sa philosophie et sa conception de la nature influencent fortement le marquis et se reflètent dans les choix paysagers de ce dernier. Si le parc actuel ne représente plus qu’une partie de ce qu’ont été les jardins d’Ermenonville, sa visite nous donne un bel aperçu de cet intense moment culturel du 18e siècle, où l’art naissant des jardins paysagers en France rencontre les idées nouvelles de la philosophie.

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De Grandville à Walt Disney : quand le dessin anime le jardin

Il y a quelques temps sur Gallica, je suis tombée sur les dessins de Grandville pour Les Fleurs animées (1847). Comme ces jolies femmes-fleurs m’ont immédiatement rappelé la chanson des fleurs dans Alice au Pays des Merveilles de Walt Disney (1951), j’ai eu envie d’aller voir un peu plus loin. Et puisque le printemps arrive, c’est de saison !

grandville fleurs
« Marguerite », illustration pour Les Fleurs animées, dessin J.J. Grandville. Source : Gallica/BnF.

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George Shiras. Eyes that shine at night.

Une discrète mais non moins importante exposition se tient actuellement et jusqu’au 14 février au Musée de la chasse et de la nature, George Shiras, l’intérieur de la nuit. Grâce à cette rétrospective, j’ai découvert le travail passionnant d’un acteur de la construction de la pensée et de l’action environnementaliste aux États-Unis. George Shiras (1859-1942) passe son enfance dans le décor grandiose du Michigan et des abords sauvages du Lac Supérieur. Initié à la chasse par son père, il trouve rapidement avec la photographie, un autre moyen d’appréhender la nature. C’est lui qui met au point un système de flash permettant de capturer de nuit de magnifiques images d’animaux, qui sont publiées à de nombreuses reprises dans le National Geographic Magazine. Pionnier de la photographie animalière, naturaliste, son expérience de juriste lui vaut un siège au Congrès d’où il travaille avec passion pour la défense de la nature. À la fin de sa carrière, il publie une compilation de ses articles qui est aussi une sorte d’autobiographie : Hunting wild life with camera and flashlight[1].

J’ai tout de suite eu envie de partager cette histoire dans un billet et de l’intituler d’après le titre même d’un chapitre de Hunting wild life… Le naturaliste y apporte une contribution sur le pouvoir réfléchissant des yeux d’un certain nombre de vertébrés la nuit. À la lecture du livre, il m’a paru évident que les mots Eyes that shine at night, « des yeux qui brillent dans la nuit », pouvaient aussi dépeindre George Shiras et résumer parfaitement son travail. Ce sont d’abord ses propres yeux, qui ont voulu voir et révéler la vie des animaux nocturnes, fournissant un apport à la science. Mais ce sont aussi sa pensée et son action, éclairantes et courageuses, au cœur d’un monde industriel et urbain et pleine expansion. Faire redécouvrir l’importance du travail de personnalités qui ont brillé et nous ont fait avancer est une jolie mission, et le Musée de la chasse et de la nature l’a parfaitement endossée à travers cette belle exposition.

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Cattus et Artes

Les chats étant devenus les stars du web, il semblait nécessaire que je leur rende hommage un jour ou l’autre sur ce blog. Or il se trouve que le félin domestique occupe une petite place dans l’histoire de l’art. Comme cela tombe bien ! Attention, malgré l’intention scientifique du titre, tout sérieux est banni de la thèse centrale ce billet. Par ailleurs, si vous êtes hostiles à l’anthropomorphisme, je vous déconseille cette lecture.

Chat regardant à travers une longue-vue et autre chat perché dessus, Agence Rol, 1911. Source : Gallica/BnF.
Chat regardant à travers une longue-vue et autre chat perché dessus, Agence Rol, 1911. Source : Gallica/BnF.

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En omnibus

Dans un billet précédent, je vous parlais de l’ « enterrement » du dernier omnibus hippomobile parisien et vous racontais l’histoire partagée des chevaux et des transports en commun dans la capitale. Le Musée des transports urbains, à Chelles, était ouvert au public dans le cadre des Journées du patrimoine, au mois de septembre. Il est tenu par les bénévoles de l’AMTUIR, Association pour le Musée des transports urbains, interurbains et ruraux et n’est malheureusement visitable que lors des Journées du Patrimoine et lors de la Nuit des Musées, mais aussi sur rendez-vous pour les groupes. J’ai donc pu visiter cet étonnant musée et admirer « en vrai » les véhicules que je n’avais vus que sur les photographies d’Atget et de l’Agence Rol. Je vous présente ici un petit portfolio de clichés pris au musée, afin de vous donner envie d’y aller, et vous renvoie vers mon ancien article pour plus d’histoire…

Omnibus, place Saint-Sulpice. Atget, 1898. Source : Gallica/BnF.
Omnibus, place Saint-Sulpice. Atget, 1898. Source : Gallica/BnF.

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Les Buttes-Chaumont, chef-d’oeuvre de l’art paysager à Paris

Le 1er avril 1867, pendant l’Exposition universelle, est inauguré à Paris un nouveau parc, élevé en seulement trois années sur un terrain infertile et non constructible. Alors que le Bois de Boulogne et celui de Vincennes connaissent à l’époque d’importants aménagements, visant à en faire des promenades modernes, le parc des Buttes-Chaumont, lui, naît de toutes pièces. L’ambitieuse politique de Napoléon III et du baron Haussmann pour changer le visage de Paris trouve là une forme d’aboutissement : métamorphoser une zone réputée infréquentable, en partie exploitée pour ses carrières de gypse, en un sublime parc paysager. Le préfet de la Seine s’entoure pour ce chantier titanesque de ses meilleurs soldats du Service des promenades et embellissements. Ce sont les jardiniers en chef Jean-Pierre Barillet-Deschamps et Edouard André, l’architecte Davioud et surtout l’ingénieur Jean-Charles Adolphe Alphand, responsable du service, qui réalise avec les Buttes-Chaumont son chef-d’œuvre. Les présentations faites, commençons la promenade.

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Du haut du phare de l’île Vierge

Prenez Brest, remontez 40 kilomètres plus au nord, vous voilà au pays des Abers et juste après l’estuaire qu’on appelle Aber-Wrac’h. Du bout de la côte, parcourez encore 1,5 kilomètre et vous êtes sur l’île Vierge, au pied du plus haut phare d’Europe. C’est un îlot plat, au ras de l’eau, où pas un arbre ne pousse. Si l’on ignorait qu’il fut nommé ainsi en l’honneur de la Vierge Marie, on serait tenté d’avancer qu’il porte bien son nom. En effet, hormis les colonies de goélands et les promeneurs, il n’y a pas âme qui vive sur l’île Vierge depuis le départ du dernier gardien, après l’automatisation du phare en 2010. Mais d’ailleurs, ce sont bien deux phares, non pas un seul, qui dominent cette île : « l’ancien » et « le nouveau ». Ce dernier, impressionnant par sa haute taille, est ouvert aux visiteurs venus apprécier l’intérêt historique et architectural de l’édifice et bien entendu profiter d’une magnifique vue sur l’océan et sur la côte finistérienne. En vacances à Plouguerneau, j’ai eu la chance de pouvoir visiter ce géant !

Le phare de l'Ile Vierge, photographie personnelle.
Le phare de l’île Vierge, photographie personnelle.

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